Le SWOT est-il vraiment le point de départ d'une étude de marché ?
Combien de SWOT avez-vous remplis sans résultat notable ?
Le SWOT est probablement l'un des outils stratégiques les plus connus. Que l'on crée une entreprise, prépare un business plan ou développe une nouvelle offre, il apparaît presque systématiquement au cours de la réflexion.
Son succès est facile à comprendre. En quatre cases seulement, il permet de distinguer les forces et les faiblesses internes d'une entreprise des opportunités et des menaces de son environnement. La matrice est simple, visuelle et suffisamment souple pour être utilisée dans des contextes très variés.
Développé dans les années 1960 dans le cadre des travaux du Stanford Research Institute sur la planification stratégique, le SWOT n'avait pourtant pas vocation à remplacer l'analyse. Il a été conçu comme un outil d'aide à la décision en synthétisant les principaux enseignements d'une réflexion stratégique.
C'est précisément sur ce point que je m'interroge aujourd'hui.
Une synthèse ne peut pas être le point de départ
Dans de nombreuses méthodes, le SWOT apparaît dès les premières pages de l'étude de marché. On demande de remplir les quatre cases, puis de construire sa stratégie à partir des réponses obtenues.
À mes yeux, cette logique revient à commencer par la conclusion.
Comment identifier les véritables forces d'une offre si l'on n'a pas encore étudié les attentes du client auquel elle s'adresse ? Comment reconnaître une opportunité sans avoir analysé les évolutions du marché ? Comment évaluer une menace sans connaître précisément les concurrents ou les critères qui influencent réellement la décision d'achat ?
Une force n'existe jamais dans l'absolu. Elle n'est une force que parce qu'elle répond mieux qu'une autre offre aux attentes d'un client donné. De la même manière, une faiblesse, une opportunité ou une menace ne prennent de sens qu'en fonction d'une offre précise, d'un marché clairement identifié et d'un environnement concurrentiel connu.
Le SWOT ne produit donc pas cette réflexion, il en est la synthèse !
Une étude de marché se construit progressivement
Cette observation m'a conduit à revoir la manière dont j'aborde l'étude de marché avec mes clients. Plutôt que de commencer par un SWOT, nous construisons d'abord le raisonnement.
La fiche d'étude de marché que j'ai développée est organisée en dix étapes. Chacune poursuit un objectif précis et propose plusieurs questions destinées à alimenter la réflexion et encourager les échanges.
Nous commençons par définir précisément l'activité et l'offre étudiée. Cette étape est essentielle, car une même entreprise peut proposer plusieurs offres qui répondent à des besoins différents, s'adressent à des clients distincts et évoluent sur des marchés qui n'ont parfois rien en commun. Réaliser une seule étude de marché pour toute l'entreprise risquerait alors de mélanger des réalités très différentes.
Nous analysons ensuite le client cible, le problème qu'il cherche réellement à résoudre, les critères qui influencent sa décision, les messages déjà présents sur le marché, les concurrents et les facteurs susceptibles d'influencer son choix.
À chaque étape, les réponses viennent enrichir la suivante. Certaines intuitions sont confirmées, d'autres remises en question. Progressivement, une compréhension plus fine de l'offre et de son environnement se construit.
Le SWOT n'intervient qu'à la fin de cette réflexion. Les forces ne sont plus des qualités génériques que n'importe quelle entreprise pourrait revendiquer. Elles deviennent de véritables avantages concurrentiels pour un client clairement identifié.
Les faiblesses mettent en évidence les points qui peuvent réellement freiner le développement de l'offre. Les opportunités reposent sur des évolutions observées du marché, tandis que les menaces prennent tout leur sens parce qu'elles sont replacées dans leur contexte concurrentiel.
Le SWOT retrouve ainsi sa vocation première : offrir une vision synthétique d'une analyse déjà menée afin de faciliter la prise de décision.
Cette manière de travailler change profondément la qualité des échanges avec mes clients. Au lieu de chercher immédiatement des réponses, le dirigeant prend le temps de se poser des questions. Certaines certitudes se révèlent être de simples hypothèses. À l'inverse, des éléments considérés comme secondaires apparaissent finalement comme les véritables forces de son offre.
Conclusion
Le SWOT mérite pleinement sa place dans une étude de marché. Sa capacité à résumer une situation complexe explique d'ailleurs pourquoi il est utilisé depuis plus d'un demi-siècle dans les démarches de planification stratégique. À condition, toutefois, de lui redonner sa véritable fonction.
Une synthèse n'a de valeur que si elle repose sur une analyse solide. C'est pourquoi, dans la méthode ESSENCE, le SWOT n'intervient qu'après une réflexion structurée sur l'offre, le client cible, le marché et l'environnement concurrentiel.
Si cet article vous a donné envie d'aller plus loin, rendez-vous dans la rubrique « Ressources », puis sur la page « Téléchargement ». Vous y trouverez le document de travail que j'ai développé au fil de mes accompagnements. Il vous guidera pas à pas dans la construction d'une étude de marché afin que votre SWOT devienne la synthèse d'une véritable réflexion stratégique, plutôt qu'un simple exercice à compléter.

