Le benchmarking est-il surestimé ?

Le benchmarking est devenu un réflexe stratégique.

Avant de définir un positionnement, on regarde les concurrents. Avant de créer une identité, on analyse les codes du secteur. Avant de prendre une décision, on vérifie ce que font les leaders.

Cela semble prudent, rationnel, professionnel. Et pourtant, c’est souvent le début de l’uniformité.

Le confort de l’imitation

Le benchmarking rassure. Il permet de rester “dans les standards”, de ne pas prendre de risque, d’éviter la dissonance. Mais à force de vouloir correspondre aux codes du marché, on finit par les reproduire.

Même ton.
Même vocabulaire.
Même promesse.
Même esthétique.

Notoriété et illusion de supériorité

Dans « The 22 Immutable Laws of Marketing »,  Al Ries et Jack Trout rappellent une réalité inconfortable : le marketing est une bataille de perception. La marque la plus connue est souvent perçue comme la meilleure. Pas nécessairement parce que son produit est supérieur. Mais parce qu’elle occupe une place claire dans l’esprit du public.

Le marché associe visibilité et qualité, présence et performance.

Alors on observe le leader, on adopte ses codes et on espère récupérer une part de son aura. Mais le leader n’a pas gagné en copiant. Il a gagné en étant premier dans une position donnée.

Le piège stratégique

Le benchmarking analyse le présent, la stratégie construit une différence.

Si vous vous alignez sur les codes dominants, vous entrez dans une catégorie déjà saturée. Vous ne devenez pas une alternative forte. Vous devenez une option parmi d’autres. Et dans l’esprit du prospect, l’option la plus connue gagne presque toujours.

Le vrai usage du benchmarking

Le benchmarking n’est pas inutile. Il doit servir à identifier :

  • les positions occupées

  • les promesses répétées

  • les codes devenus automatiques

Autrement dit : il doit révéler ce qu’il ne faut pas reproduire. Si tous les acteurs parlent d’innovation, qui parle de fiabilité ? Si tous adoptent un ton disruptif, qui assume la stabilité ? Si tous misent sur l’émotion, qui choisit la rigueur ?

La différenciation ne naît pas dans la conformité. Elle naît dans la décision.

En résumé

Le benchmarking rassure. Mais la ressemblance affaiblit. Une marque forte ne cherche pas à ressembler au leader. Elle cherche à occuper un territoire clair dans l’esprit de son marché. Observer est nécessaire. Imiter est confortable. Choisir est stratégique.

Voulez-vous un exemple concret ? Répondez à ces trois questions :

  • Qui a été la première personne à traverser l’Atlantique en solitaire en avion ?

  • Qui a été la deuxième ?

  • Qui a été la troisième ?

Vous connaissez probablement la première : Charles Lindbergh. La deuxième était Bert Hinkler. Son nom ne vous dit rien ? C’est normal.

Et la troisième ? Amelia Earhart.

Elle n’est pas entrée dans l’histoire parce qu’elle était troisième.
Elle y est entrée parce qu’elle a changé de catégorie. Elle n’était pas la troisième personne. Elle était la première femme.

La leçon

Le marché ne récompense pas les copies améliorées. Il retient les positions distinctes. Être légèrement meilleur ne suffit pas. Être différent change la mémoire collective. Le benchmarking vous pousse à entrer dans une course déjà lancée.
La stratégie vous permet de choisir le terrain.

Et dans l’esprit du public, on se souvient rarement du deuxième. Encore moins du troisième.

Conclusion

Le benchmarking n’est pas surestimé. Ce qui l’est, c’est l’idée qu’en reproduisant les codes du leader, on gagnera sa place..

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